CONSEILS DE LECTURES
Latéral gauche, de Nicolas Kssis-Martov – Éditions Libertalia, 2026, 208 pages.
Mekhloufi, Rapinoe, Despentes, Cruyff…
La chronique de Pascal Aznar
Dans les années 60, Bill Shankly, légendaire entraîneur de Liverpool déclarait : « Je suis un homme du peuple. Et je veux que le club appartienne au peuple. Le football est pour les gens ordinaires, pas pour les riches ». À une semaine du début de la 23ème coupe du monde de football, l’Écossais subirait certainement un choc violent s’il ressuscitait dans un monde où la loi du plus puissant et de la finance règne sur le monde du ballon rond.
Dans Latéral gauche (Éditions Libertalia), le journaliste et historien Nicolas Kssis-Martov retrace brillamment plus d’un siècle d’interactions entre football, politique et économie.
On y croise bien sûr tous les leaders politiques du monde qui, depuis le début du XXe siècle, clament opportunément et quelle que soit leur orientation que le football incarne un effort individuel au service du collectif. Les grandes figures de ce sport qui ont essayé d’en faire bouger les lignes par leur attitude ou leur engagement sont les têtes de chapitre : Rino Della Negra, Rachid Mekhloufi, Sócrates, Raí, Diego Maradona, Eric Cantona, Vikash Dhorassoo, Marcus Rashford, George Best, Johan Cruyff, Megan Rapinoe…
Le monde de la culture y assume également sa passion pour le foot ; on y croise le gardien de but Albert Camus, Manu Chao, Virginie Despentes, Bob Marley, Gil Scott Heron (dont le père fut le premier joueur noir du Celtic Glasgow) et le cinéaste italien Pier Paolo Pasolini. Ce dernier avait organisé un match contre l’équipe de Bernardo Bertolucci qui l’avait embrouillé en faisant jouer dans son équipe un défenseur talentueux de 16 ans nommé Carlo Ancelotti. Une anecdote à envoyer Neymar à l’infirmerie !

L’auteur démontre qu’aujourd’hui le foot n’est plus un reflet de la société mais bel et bien un de ses acteurs. En rembobinant l’histoire du ballon rond, il rappelle que, grâce à Alice Milliat, le foot féminin avait un championnat de France jusqu’en 1932 avant que Vichy ne l’invalide et que la FFF l’autorise à nouveau sous son contrôle stricte en 1970. On se souviendra aussi que Raoul Diagne fut le premier joueur noir à porter le maillot de l’équipe de France en 1931 alors que Viv Anderson fut le premier international noir anglais en 1978. Des histoires inépuisables pour PANARD !
Le mot de la fin revient au maestro Johan Cruyff : « Les footballeurs qui jouent dans la rue sont plus importants que les entraîneurs diplômés ».