Conseils de lecture de Camille Jutant

Vous trouverez ici les conseils de lecture de Camille Jutant, maitresse de conférences à l’université Lumière Lyon 2, responsable des masters de « développement de projets artistiques et culturels internationaux » et membre du comité éditorial de la revue NECTART.

Michaël Bourgatte, 2026, Pouvoirs de la vidéo – Formes et formats de la communication audiovisuelle numérique, Les fondamentaux de la Sorbonne Nouvelle, France, 174 p.

Michaël Bourgatte est chercheur en sciences de l’information et la communication, il mène depuis de nombreuses années une analyse minutieuse des formes audiovisuelles qui circulent dans notre quotidien, en les rattachant à leurs contextes de production, mais aussi à la manière dont elles sont
données à voir (dans quels médias, sur quelles interfaces, accompagnées de quels discours). Cet
ouvrage s’intéresse plus particulièrement aux vidéos en ligne dont les études montrent depuis dix
ans à quel point elles s’imposent dans nos échanges et pratiques d’information et de communication.
Ainsi, des vidéos militantes contre la maltraitance animale, auquel il avait consacré un ouvrage en
2021 1 , aux vidéos YouTube, en passant par les MOOC (cours en ligne, Massive Open Online Course), le chercheur dresse un panorama sémiotique de ces formes culturelles en retraçant leur histoire, les liens qu’elles entretiennent avec des formes d’écriture, de lecture, d’agencement des savoirs et donc d’administration du pouvoir, qu’il semble fondamental de comprendre aujourd’hui pour déconstruire les idées reçues sur le danger des écrans ou le pouvoir du numérique.

Camille Peugny, 2026, Le triomphe des égoïsmes – En finir avec le chacun pour soi, PUF, France, 256p.

Camille Peugny est sociologue, il mène depuis un certain nombre d’années des travaux sur le déclassement social et les inégalités. Plus récemment il a travaillé sur la jeunesse et l’accès à l’emploi des jeunes (il a publié un magnifique ouvrage en 2022 2 sur ce sujet). Dans le triomphe des égoïsmes, Camille Peugny analyse que sur le plan de l’économie générale de la vie des français, les personnes n’ont d’autres choix que de croire à l’individualisme et à l’égoïsme, non pas comme valeur morale mais comme mode opératoire pour survivre dans des contextes de plus en plus compétitifs. Il fait donc le choix d’aller explorer sociologiquement le terme d’ « égoïsme » afin de montrer qu’il peut agir comme une contrainte sociale, à un niveau collectif. Ces logiques de comportements se façonnent en réponse au retrait progressif de l’Etat social mais aussi à un contexte d’évaluation constante des performances individuelles (scolaires, professionnelles, etc.) qui ne cessent de distribuer les positions sociales et essoufflent les solidarités. Le livre est passionnant en ce qu’il démontre les effets politiques et d’adhésion au principe du néolibéralisme économique, de cette croyance dans le mérite et la responsabilité individuels.

Judith Dehail, 2025, Savoirs critiques de la médiation culturelle, Editions des archives contemporaines, Coll. «Etudes des sciences et Histoire des techniques», France, 185p.

Cet ouvrage, porté par Judith Dehail, chercheuse en sciences de l’information et de la communication à Marseille, réunit une dizaine de contributions d’auteurs et autrices internationaux et offre un formidable panorama de la recherche sur la médiation culturelle aujourd’hui. L’histoire singulière de la médiation culturelle en France y est discutée, mais tous les textes, notamment les propositions de Carmen Morsch, de Joanna Monbaron, ou encore d’Olivier Marboeuf, permettent de réinterpréter et d’éclairer cette notion grâce à l’apport de théories critiques féministes, décoloniales, mais aussi grâce à des analyses réflexives très situées et sensibles. Les points de vue et les cas cités (une situation en classe, un centre d’art, une formation universitaire, un musée, etc.) sont diversifiés et permettent de brasser différentes situations où il est question de médiation culturelle en pratique et en théorie. La médiation est ainsi considérée comme un endroit où des définitions de ce qui fait art et culture peuvent être en débat, voire même en conflit, où les rapports de force sont présents et où la multiplicité des voix comme enjeu démocratique est un enjeu toujours en jeu et jamais gagné d’avance.