Arts & Sciences, Quelles coconstructions ?

La recension de Christian Ruby

En 2011 déjà, la revue Raison Présente avait consacré son numéro 179 à ce thème Arts et Sciences. Le voilà repris cette année, 2026, avec un objectif plus précis : quelles coconstructions sont possibles entre Arts et Sciences ? Il convient de souligner d’abord que cette question qui touche entièrement à la culture à promouvoir est centrale à deux titres au moins. D’une part parce qu’elle comporte un mode de pensée ouvert sur des confrontations et des discussions entre disciplines, impliquant la révision des séparations dont nous avons hérité. D’autre part parce que ce domaine de la coconstruction, qui appelle des activités nombreuses, s’est beaucoup diversifié et enrichi depuis 2011.

En ce sens, la revue présente dans ce dossier une conception des rapports arts et sciences plus adéquate aux travaux contemporains, centrés précisément sur des mises en œuvre. Les textes publiés sont rédigés par des artistes (peintres, plasticiens, écrivains…), des chercheurs de diverses sciences (physique, mathématiques, neurosciences, sciences historiques), des philosophes et des animateurs.

Ainsi les lecteurs et lectrices suivent-ils des trajectoires qui vont de la physique à l’art contemporain et la musique, de l’astrophysique à la littérature, des maths à la musique, de la neuro bio aux arts plastiques, de la peinture abstraite à la biologie, de la littérature à ChatGPT, des installations aux flux en physique (Lumière), mais qui sont pensées en réciprocité.

Ils sont conduits à réfléchir en termes de rencontres, rapprochements, dialogues. Certainement cela signifie un engagement pour un intérêt commun, et un refus des effets de supériorité ou de sujétion.

Cela rend-il possible de penser le monde autrement ?  C’est à voir, en tout cas de penser la raison différemment que selon des canons figés, des exclusions. En ce sens, il est clair que : les différents modes d’intelligibilité du monde et des humains peuvent sortir de leur pré-carré (objets, modes d’expérimentation) sans perdre leur efficacité, et coconstruire un monde habitable renouvelé. C’est évidemment la question des limites des champs de pratiques et de savoirs, limites qui ont eu et ont leur nécessité historique et structurelle. Mais ces limites ne doivent plus empêcher toute discussion entre champs et disciplines, qui se voisinent ou se croisent souvent, en vue de déterminer des objets susceptibles de donner corps à des perspectives inédites.

Il convient de reconnaître qu’afin de pratiquer et rendre cohérents des rapports entre arts et sciences le « mélange », le pluri-(disciplinaire), le multi-(disciplinaire), etc. n’a d’intérêt que sous la forme de la coconstruction d’objets inédits pour chacun des termes (arts et sciences). Des objets qui n’appartiennent plus à un seul champ, mais qui sont construits par échanges et perspectives articulées. Telles sont les propositions de rapports entre arts et sciences les plus originales de nos jours, lesquelles entrent moins en conflit entre les disciplines effectives qu’en polémiques avec des présupposés dépassés, les arts étant renvoyés du côté du sensible et les sciences du côté du concept.

Christian Ruby

Raison Présente, Arts & Sciences, Quelles coconstructions ? 2026, n° 236