auteur de Dans les couloirs de nos mémoires
« L’athlétisme, c’est mon miel ! »
- Comment est né ce projet pour vous qui êtes plutôt dans l’analyse du beau geste que dans le commentaire de photo ?
C’est une proposition des éditions du Seuil pour leur collection « Allures ». Après le cyclisme et la montagne, l’athlétisme est le troisième volet de ce concept qui consiste à commenter des photos sportives de l’agence Magnum. L’athlétisme, c’est mon miel ! C’est quelque chose que j’ai toujours vécue avec beaucoup d’intensité pendant mon adolescence que ce soit en tant que lecteur de l’Équipe, en tant que téléspectateur ou dans mon imagination. Michel Jazy exerçait sur moi une sorte de fascination. Je pense avoir vécu sa défaite à Tokyo en 1964 comme la majorité de français. On était immensément triste mais Jazy rejoignait Poulidor dans la catégorie des perdants magnifiques. On était heureux d’être triste avec son idole.
Ça lui valut d’ailleurs une telle popularité que dès 1965 certaines de ses courses avaient les honneurs du direct dans le journal télévisé de 20h. Et Jazy est entré dans le langage commun. Quelques années plus tard en faisant mon footing dans Paris, j’entendais des « Vas-y Jazy » !
- Il y a beaucoup de photos de spécialistes des 400m et 400m haies dans le livre, vous portez toujours une attention particulière à cette distance ?
Cette distance représente effectivement quelque chose de spécial pour moi. Les choses qu’on ne peut pas faire sont toujours plus grandes que celles qu’on peut faire !
Les coureurs de 400 ont pour moi un pouvoir particulier. Il faut être sacrément doué pour accomplir une épreuve pareille. Au fil des ans j’étais devenu ami avec Jean-Claude Nallet qui était un fan de mon fils Vincent. Il avait découvert que j’avais écrit des textes sur sa carrière. Un jour, nous avions bu un verre ensemble et j’avais déjà réglé l’addition au moment où il s’apprêtait à le faire. Il m’a dit : « Tu as été plus rapide que moi », ce à quoi Martine, ma femme n’a pu s’empêcher de répondre : « C’est bien la première fois ! »
Pour ce livre, je suis heureux que la photo de Piquemal par Depardon figure en couverture. Le relayeur français venait certainement de faire la plus belle course de sa vie sur la piste de Tokyo et pourtant l’équipe de France se fait dévorer dans le final. Cette image incarne la beauté de la défaite.
- Quelles autres photos sportives iconiques, dans d’autres disciplines que l’athlétisme, pourraient vous inspirer ?
Ce ne sont pas forcément des photos mais plutôt des moments forts de l’histoire du sport.
Dès 1961, mon frère aîné m’emmenait à Coubertin pour assister au championnat du monde de judo. J’ai donc assisté à la victoire du néerlandais Gueesink qui fut le premier non japonais à être sacré dans cette discipline. C’était assez théâtrale, c’était un monde qui s’écroulait pour le Japon qui fit ensuite tout son possible pour en changer les règles en instaurant des catégories de poids. Et ce fut une révélation de ma passion pour le sport.
Tout comme l’épreuve du Puy de Dôme du Tour de France 1964 que j’avais suivie également en compagnie de mon frère sur un bateau à quai à Brest. Anquetil et Poulidor étaient au coude à coude et c’est finalement Poupou qui arriva à grignoter quelques secondes au futur vainqueur de l’épreuve. Mais ce jour-là restera celui de la France de Poulidor qui bat celle d’Anquetil.
Et puis il y a cette image de Maxime Bossis accroupi sur la pelouse de Séville en 1982 après son penalty manqué. Ce joueur si discret, incarnation du fair-play, modèle d’équipier qui échoue à ce moment-là, au cœur de cette tragédie, c’est vraiment un destin trop cruel.
Propos recueillis par Pascal Aznar
Lire aussi la chronique parue dans le n°10 de PANARD qui paraît le 25 octobre.
Dans les couloirs de nos mémoires
Philippe Delerm
Éditions Seuil/Magnum Photo
Dans la collection « Allures »
Parution 30 octobre 2026
