Les événements du 17 octobre posent évidemment de nombreuses questions sur l’occupation de l’espace public – joyeuse, revendicatrice ou émeutière – mais essayons de nous éloigner de la focale pour zoomer sur une décision institutionnelle, celle-ci. Dans cette époque où la marchandisation de l’activité humaine avance à grands pas (et pas seulement aux États-Unis où Trump en a fait une doctrine), avons-nous franchi un nouveau pas en France ? Le 7 octobre, le Conseil de Paris a en effet voté une délibération délégant à LVMH la maîtrise d’ouvrage des rues Bassano et Galilée dans le 8ᵉ arrondissement, deux rues jouxtant le futur magasin que la société contrôlée par le milliardaire Bernard Arnault ouvrira sur les Champs-Élysées. L’argument avancé par Emmanuel Grégoire, le maire de Paris ? La contribution d’entre entreprise privée à l’aménagement de l’espace public dans un contexte budgétaire difficile pour les pouvoirs publics. Il reste que la décision a fait bondir de nombreux élus parisiens, aussi bien de l’opposition que de la majorité, criant à la privatisation de l’espace public.
Il est vrai que cette décision crée un précédent pour le moins préoccupant. Car l’usage et l’accès à ces espaces ne relevant plus du bien commun mais d’une entité privée, nous pouvons aisément imaginer des contraintes imposées aux utilisateurs – les artistes par exemple –, voire l’interdiction pure et simple d’y accéder et de l’occuper, surtout quand il s’agit d’une entreprise de cette envergure qui consacrera ces rues à un usage commercial, « porte d’entrée » à son magasin.
L’excellente émission de Thomas Snégaroff « Questions du soir » sur France Culture, débattant du sujet, fait le parallèle avec le modèle venu de Londres, les Business Improvement Districts, où des quartiers entiers sont gérés par des entreprises.
Quand on connaît le poids économique et idéologique pris par Bernard Arnault en France, la décision parisienne interroge, à tout le moins, par sa portée symbolique.
